L'ouverture du marché obligataire chinois offre de nouvelles opportunités aux investisseurs français


Par Helen Wong, Chief Executive, Greater China, The Hongkong and Shanghai Banking Corporation Limited

L'ouverture du marché obligataire chinois offre de nouvelles opportunités aux investisseurs français

Les récents développements survenus sur les marchés d'actions et des changes chinois ont détourné l'attention d'un événement majeur pour les marchés de capitaux de ce pays : l'assouplissement des conditions d'accès au marché obligataire pour les investisseurs étrangers.

En juillet dernier, la Banque populaire de Chine a annoncé que certaines institutions étrangères, parmi lesquelles les banques centrales, les fonds souverains et les institutions financières internationales, pourraient accéder au marché interbancaire de la dette en Chine, marché où se négocient la majeure partie des obligations privées et publiques chinoises.

Cette mesure mettrait fin à l'isolement du marché des capitaux chinois qui pourra désormais être intégré au marché financier international. Actuellement, les investisseurs étrangers ne disposent que de quelques voies d'accès aux marchés obligataires et d'actions chinois.

On compte parmi ceux-ci le marché réservé aux investisseurs institutionnels étrangers qualifiés (QFII, acronyme anglais) et son cousin en renminbi, le RQFFI. Ces deux véhicules d'investissement transfrontaliers permettent aux gestionnaires des fonds étrangers approuvés d'investir en Chine continentale sur le marché de titres. La France participe depuis une date récente au RQFII ; le quota qui lui a été accordé l'an dernier est de 80 milliards de RMB. Jusqu'en août dernier, trois fonds de gestion de patrimoine français avaient reçu leur licence d'investissement au titre du RQFII. 

En dépit de ces mécanismes, les marchés de capitaux chinois restent largement isolés du reste du monde. Fin 2013, la participation étrangère via le QFII et le RQFII au marché d'actions chinois représentait seulement 1,5 % de la capitalisation boursière. 

De même, les investisseurs étrangers ne détenaient que 2,4 % des obligations d'État chinoises, l'un des taux les plus faibles parmi ceux des pays émergents. 

La Chine a fait clairement savoir qu'elle souhaitait faire jouer un rôle plus important aux forces du marché dans l'allocation du capital, pour rendre ses marchés financiers plus efficaces et plus concurrentiels.

Pendant de nombreuses années, le crédit bancaire a alimenté la forte croissance économique chinoise. Les banques demeurent de loin la principale source de financement ; leur part est bien plus élevée qu'aux États-Unis, au Japon, ainsi que dans les pays émergents dont le niveau de développement est comparable à celui de la Chine.

Maintenant que l'économie chinoise a atteint un nouvel équilibre, elle a un besoin accru de disposer de marchés de capitaux plus conséquents et plus liquides. Un marché obligataire plus développé contribuerait à soutenir la croissance économique, à améliorer l'allocation des ressources et à abaisser le coût du crédit pour les entreprises et pour le gouvernement.

Le marché obligataire chinois a fait du chemin. La Banque des règlements internationaux estime qu'à la fin du premier trimestre 2015, la taille du marché obligataire chinois a atteint environ 5 000 mds USD, devenant le troisième marché le plus important, après les États-Unis (36 000 mds USD) et le Japon (11 000 mds USD).  Mais il reste encore une large marge pour aboutir à un stade de développement plus avancé.

Premièrement, bien qu'ayant doublé en seulement cinq ans, le marché des capitaux chinois est encore réduit comparé à la taille de l'économie chinoise et de l'économie mondiale. L'économie chinoise représente 12 % du PIB mondial, mais l'encours total de ses obligations ne représente que 5,1 % du marché obligataire mondial. 

Deuxièmement, l'émission est assurée majoritairement par le gouvernement et non par les entreprises. Le marché obligataire chinois est le deuxième marché d'Asie pour les obligations d'entreprise, bien que celles-ci ne représentent que 25 % de son encours total — une part bien inférieure à celle des marchés développés et de bien des pays en développement d'Asie. 

Troisièmement, ces obligations sont majoritairement de court terme. Ainsi, 40 % de l'encours est inférieur à trois ans  et près de 40 % des nouvelles émissions ont une maturité inférieure à un an.   Cela tranche avec d'autres marchés, où le long terme représente la majeure partie de l'encours.

Pour finir, selon les données compilées par le Fung Global Institute, la liquidité des obligations publiques chinoises est bien inférieure à celle des obligations des Trésors publics américain et japonais. 

La Chine est consciente du besoin et des avantages d'un marché obligataire plus développé. L'annonce faite en juillet est un pas important dans ce sens.

Pour la Chine, un marché obligataire plus développé et plus diversifié apporterait des avantages multiples.

En attirant davantage d'investissements étrangers, la Chine augmentera graduellement la taille et la gamme de sa base d'investisseurs. Un flux d'investissement étranger plus important pourrait générer de nouvelles sources de financement pour les emprunteurs chinois et inciter les entreprises chinoises à émettre davantage d'obligations.

En même temps, un marché obligataire plus dynamique aidera à diminuer la part du crédit bancaire, ce qui permettra aux banques chinoises d'augmenter le crédit aux petites et moyennes entreprises. Bien que ce secteur soit déterminant pour la croissance et le rééquilibrage de l'économie chinoise, les PME ont actuellement plus de difficultés que les grandes sociétés pour trouver des financements.

Enfin, les incitations au développement du marché obligataire aident la Chine à réaliser son ambition de voir le renminbi rejoindre le dollar américain, l'euro, le yen japonais et la livre britannique dans le panier des monnaies des Droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international, et d'atteindre ainsi le statut de monnaie de réserve.

Car il s'agit de savoir quand — et non si — le renminbi sera inclus dans le panier des DTS. Pour cela, un marché de la dette plus robuste est une condition nécessaire.

Entre temps, pour les investisseurs étrangers y compris Français, l'accès au marché obligataire domestique chinois ouvrira un autre canal pour investir dans la seconde économie du monde, dont la croissance se poursuit. Cela permettra également aux investisseurs étrangers de diversifier leurs placements dans une zone géographique où les rendements sont plus élevés que ceux offerts actuellement en France, au Japon ou aux États-Unis.

Les banques centrales étrangères ont déjà commencé à diversifier leurs réserves en devises, en y ajoutant des actifs libellés en renminbi. Selon les dernières données du PBOC, les banques centrales détiennent environ 107,5 mds USD de leurs réserves officielles en renminbi. 

Les marchés d'actions chinois ont tendance à occuper le devant de la scène, mais le développement du marché obligataire est tout aussi important pour la réforme du marché financier. Pour la Chine, une ouverture accrue à la participation étrangère est un élément essentiel pour que son marché atteigne une plus grande maturité. Pour les investisseurs étrangers, c'est une autre porte d'entrée en Chine.

(1) http://www.safe.gov.cn/resources/image/28dc28d28d28bfed28ff28d/2015pdf
(2) HSBC Global Research
(3) http://www.wsj.com/articles/china-welcomes-foreign-bond-investors-1432226479
(4) http://www.bis.org/statistics/c1.pdf
(5) Étude de HSBC : La montée du renminbi III
(6) Étude de HSBC : La montée du renminbi III
(7) http://www.wsj.com/articles/why-investors-shy-away-from-chinas-6-4-trillion-bond-market-1437593482
(8) http://chicagobooth.edu/capideas/magazine/fall-2015Chine-challenge-how-to-strengthen-the-financial-system
(9) http://www.wsj.com/articles/why-investors-shy-away-from-chinas-6-4-trillion-bond-market-1437593482
(10) http://www.wsj.com/articles/china-to-allow-wider-access-to-bond-market-1436889468

 


References

Topics:

Best Global Trade Finance Bank, GTR Leaders in Trade 2014

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